NASER

Je suis Naser. J’ai quitté l’Afghanistan à cause de la guerre et de problèmes personnels. J’ai quitté la maison en pleine nuit, je suis parti vers l’Iran. Il y a, près de la frontière iranienne, une province où tous les afghans se retrouvent pour aller en Europe. Il y avait beaucoup de monde pour entrer en Iran la nuit. Cela a pris 18 heures pour y arriver.

Les passeurs nous ont dit que nous allions marcher 30 minutes pour passer la frontière mais cela a pris 12 heures. Pendant ce temps, on s’est arrêtés quelques fois, il y avait des familles, ma famille aussi. Nous marchions depuis 4 heures quand des policiers iraniens sont arrivés et ont crié « Ne bougez pas, calmez-vous ». Puis, Ils ont tiré. J’avais très peur, mes frères et sœurs couraient partout, j’étais le plus grand. J’étais éloigné de mon père quand ils sont arrivés. Je me suis caché avec 5 personnes derrière un mur. Je voulais retrouver mes parents mais j’avais peur de la police. On est restés cachés jusqu’au lever du soleil. Les policiers étaient partis en emmenant certaines personnes. J’ai demandé si quelqu’un avait vu mes parents partir avec la police mais personne ne savait me répondre. Les passeurs m’ont obligé à rester en me frappant. Ils m’ont dit de ne pas m’inquiéter, qu’ils allaient me conduire à l’endroit prévu et qu’ils trouveraient mes parents plus tard mais aussi que ce n’était pas leur problème et qu’ils voulaient juste de l’argent.

A notre arrivée en Iran, d’autres passeurs ont pris le relais. Les premiers passeurs étaient des Khawari et me faisaient très peur, ils sont habillés tout en blanc, avec une très grosse barbe. On était 12 personnes dans des petites voitures. Ceux qui ont le plus d’argent en poche choisissent leur place. Moi je n’avais rien, je n’avais même pas de vêtements propres avec moi. Comme j’étais petit et sans argent, ils m’ont mis dans le coffre. Je ne pouvais pas bien respirer, j’étais stressé à l’idée que la police nous trouve car j’ai souvent entendu que des afghans mourraient pendant ce long trajet. Quelques kilomètres avant le contrôle, le passeur s’arrête et nous fait descendre. Nous devons traverser à pieds par la rivière, la montagne, le plus loin possible pour ne pas qu’on nous voit. Il fait très chaud, j’ai soif et je suis fatigué. Heureusement, il y a beaucoup d’entraide.

Une fois, nous nous sommes arrêtés et nous avions soif, nous avons trouvé de l’eau de pluie, elle était verte mais je n’avais pas le choix, j’ai mis mon foulard près de ma bouche afin de filtrer l’eau. On s’est assis par terre, les images défilaient dans ma tête, j’avais peur. Certains étaient sans force pour continuer et moi, je n’avais qu’une envie : retrouver mes parents. On a passé le contrôle et là encore, les passeurs nous ont dit que cela prendrait 30 minutes mais cela a duré 4 heures, comment peut-on faire confiance à des gens qui nous mentent ? Le soir, nous sommes allés dans un camp pour dormir. Ils nous ont donné à manger : des yaourts et du pain. Les passeurs m’ont laissé 4 jours là-bas car ils ne trouvaient personne pour m’emmener en Turquie.

Finalement, j’ai fait le trajet jusqu’à une ville proche de la frontière turque en voiture. Les passeurs m’ont amené dans la chambre d’un appartement avec 4 autres personnes et nous ont dit que l’on allait passer en Turquie. Après 9 jours, ils sont venus nous chercher. De là, ils nous ont emmenés dans un village proche de la frontière turque. Nous devions descendre une montagne afin d’arriver en Turquie. Il faisait froid, il avait neigé. C’était difficile. La montagne était haute et dangereuse, je glissais.

A notre arrivée, d’autres passeurs nous attendaient. Nous sommes rentrés dans une voiture où il y avait des impacts de balles. Comment voulez-vous que quelqu’un rentre dans une voiture où il y a des trous ? Comment puis-je savoir que ça ne va pas encore arriver ? Je ne voulais pas monter mais un passeur m’a dit de ne pas m’inquiéter et que je n’avais pas le choix. Quand je suis arrivé en Turquie, ils m’ont demandé de payer mais je n’avais rien et toujours aucune nouvelle de mes parents. J’ai appelé ma tante qui n’avait ni nouvelles de mes parents, ni argent pour m’aider car elle avait donné 2000 dollars à mon père pour le voyage.

J’ai quand même réussi à traverser toute la Turquie jusqu’à Istanbul et une semaine plus tard, à prendre un petit bateau pour aller en Grèce. La première fois, je me suis fait arrêter. La police turque m’a laissé partir. La deuxième fois, je suis monté à bord d’un bateau en plastique de 9 mètres avec 52 personnes, et là, j’ai réussi. Je suis resté pendant trois mois sur une ile en Grèce. Je me suis ensuite retrouvé à Athènes où il y avait beaucoup d’étrangers, personne ne me proposait son aide alors que j’avais seulement 13 ans. J’ai été dans un centre, ils ne m’ont pas accepté car je devais d’abord me rendre à la police. Une dame allemande, venue en Grèce pour aider les étrangers, m’a aidé pendant 3 mois jusqu’à son départ. Elle m’a dit qu’elle avait des amis en Grèce et que je pouvais faire une demande d’asile pour avoir une place au centre mais j’ai été refusé. J’ai été dans une autre ville où étaient amarés des grands bateaux italiens. Les gens allaient là-bas en se cachant dans des camions embarqués dans les bateaux pour l’Italie. J’ai essayé à plusieurs reprises d’y monter, j’ai réussi au bout de 20 jours.

Lorsque je suis arrivé en Italie, la police m’a trouvé. Elle a vu que j’étais trop petit et m’a déposé dans un centre avec beaucoup d’africains aussi petits que moi. Le matin, je voyais qu’ils se levaient et qu’ils partaient à l’école.

Le lendemain de mon arrivée au centre, je me suis enfui avec un autre enfant afghan. On ne voulait pas rester et on voulait avancer vers la Belgique ou la France. On avait entendu parler de la Belgique en Grèce. Nous étions dans le sud de l’Italie, nous sommes allés jusque Milan puis de Turin jusque Lyon. De cet endroit, j’ai pris le train de 20h, j’avais peur que la police me trouve, et vers 23h je me suis retrouvé à Paris. Je suis sorti afin de voir le Paris que j’avais vu dans les films. La seule chose que je connaissais c’était la tour Eiffel. Alors j’y suis allé et j’y ai passé la nuit. Le lendemain, j’ai rencontré d’autres afghans qui m’ont dit où prendre un taxi à destination de la Belgique pour 40 euros. En 3 heures, je me suis retrouvé à la gare du midi et là encore, j’ai passé la nuit dans un parc. Le lendemain, je suis allé au CGRA pour faire ma demande d’asile…


En collaboration avec SAM asbl et l’asbl AJS Tal-Lafi.

Avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

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